LES COMMENCEMENTS D'YAMACHICHE
Version de M. l'abbé N. Caron.
Tiré de "Les vieilles FAMILLES D'YAMACHICHE
par F.L. Desaulniers
 
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En écrivant le dernier feuillet de la généalogie de la famille Lesieur-Desaulniers nous éprouvons le besoin de publier, comme couronnement à ce travail, ce que M. le chanoine Napoléon Caron, curé actuel de Maskinongé, écrivait dernièrement, au sujet de Charles Lesieur, frère de Jean-Baptiste Lesieur-Desaulniers et fils du premier Charles Lesieur qui émigra de France au Canada, vers 1666. Il n'y a pas le moindre doute que Charles Lesieur, fils, est le principal fondateur d'Yamachiche, puisque c'est lui qui y amena, vers 1703, les trois frères Gélinas qui comptent parmi les sept premiers défricheurs de cette vieille paroisse.
 
Dans la préface que M. Raphaël Bellemare a bien daigné écrire pour le premier volume du présent ouvrage, il est clairement affirmé que les premiers défrichements, faits à Yamachiche, l'ont été sur les bords de la Petite-Rivière. En rapport avec ce fait historique, qui est d'une grande importance, M. l'abbé Nap. Caron a aussi donné son opinion. Nous la trouvons dans une correspondance adressée au journal Le Trifluvien en date du 30 avril 1897. Les membres de la famille Lesieur-Desaulniers seront heureux, sans doute, de lire cet écrit, que nous reproduisons ici, en entier. Voici:
 
"Les correspondances sur l'histoire d'Yamachiche se succèdent, depuis plusieurs mois, dans les colonnes de la Minerve (à Montréal) et du Trifluvien (à Trois-Rivières). C'est presque de l'enthousiasme. Je félicite sincèrement ceux qui ressentent la noble passion des études historiques.
 
"Cette série de correspondances a commencé, dans la Minerve. Dans une notice nécrologique, un correspondant a affirmé que JeanBaptiste Bellemare avait été le premier habitant d'Yamachiche, et que les premiers défrichements de la paroisse avaient été faits à la Petite-Rivière sur la terre de M. Francis Bellemare (1).
 
(1) Au chapitre de BELLEMARE, Francis VII, marié à BELLEMARE, Rosaire, nous reproduirons l'écrit publié par M. Raphaël Bellemare, à l'occasion de la mort de M. Francis Bellemare, arrivée le 16 février 1897, à Yamachiche. Cet article a donné naissance au débat dont parle M. l'abbé N. Caron.

La proposition était hardie, mais elle avait le mérite d'être posée bien nettement. On nous permettra d'intervenir dans le débat tout amical qui s'en suivit et qui se poursuit encore actuellement.
 
"Nous voudrions être de l'avis du correspondant de la Minerve, mais il nous faut bien avouer que cela nous est impossible.

" Voici notre thèse : Charles Lesieur a été le premier habitant d'Yamachiche, et il a fait les premiers défrichements à la GrandeRivière. Essayons, maintenant, de prouver cette affirmation.

Le titre de propriété de Charles Lesieur est du premier juillet 1702. C'est le titre le plus ancien qui soit connu jusqu'à ce jour. Il faut sans doute excepter celui de Nicolas Gatineau, pour ses douze arpents de la Rivière-aux Glaises, lequel est du douze septembre 1799 ; mais, Nicolas Gatineau ne peut entrer eu cause, ici, puisqu'il n'a jamais demeuré à Yamachiche.

"Parmi les premiers habitants d'Yamachiche, Charles Lesieur paraît donc posséder le titre de propriété le plus ancien de tous. Sans accorder à cette preuve plus d'importance qu'elle n'en peut avoir, nous croyons, cependant, qu'il est sage d'en tenir compte.

"Mais, en quelle année Charles Lesieur est-il venu demeurer sur sa propriété d'Yamachiche? Ici les documents se font bien rares. Certains vieux papiers de la famille Duchêne nous avaient fait conclure qu'il était venu en 1703, mais il faut avouer que la chose n'était pas dite d'une manière précise. Les documents les plus à notre portée, ce sont les registres des baptêmes, mariages et sépultures. Nous sommes donc allé, nous-mêmes consulter les registres de la paroisse des Trois-Rivières. Au commencement du dix-huitième siècle, en effet, les colons échelonnés sur les bords du fleuve Saint-Laurent, jusqu'à Maskinongé d'un côté, jusqu'à la Baie-du-Febvre de l'autre, allaient faire baptiser leurs enfants aux Trois-Rivières. Les Récollets, qui desservaient cette paroisse, mettaient, en marge, l'endroit d'où les parents étaient venus, mais ils ne le mentionnaient généralement pas, dans l'acte même. C'était leur manière d'agir.

Nous avons ouvert ces vieux registres tout jaunis par le temps, mais si bien écrits et si lisibles encore. Nous avons parcouru les années 1700, 1701, 1702, 1703, 1704 même, et nous avons été surpris de ne trouver aucune mention d'Yamachiche. Ce n'est qu'à l'année 1705 que nous trouvons enfin ces mots en marge : GrandeRivière d'Agmachiche, C'est bien ce que nous cherchons.
 
"L'enfant que l'on présente sur les fonds baptismaux est Marie-Françoise Lesieur, fille de Charles Lesieur (les registres disent Pierre) et de Marie-Charlotte Rivard. On est au 4 mai 1705, mais l'enfant est né le premier novembre 1704 ; il a été ondoyé, à la maison paternelle. En y réfléchissant, nous nous rendons bien compte de ce qui s'est passé : l'enfant est né aux jours froids de l'automne, et ce n'est qu'aux premiers beaux jours du printemps, et à l'ouverture de la navigation, qu'il a été possible de le porter aux Trois-Rivières, pour faire suppléer les cérémonies du baptême et pour faire entrer son nom aux registres.
 
"Marie-Francoise Lesieur est la première enfant qui soit née à Yamachiche.
 
"Par cet acte de baptême nous avons donc la preuve positive que, le premier novembre 1704, Charles Lesieur était résident à Yamachiche, avec sa famille.
 
Nous continuons à parcourir les registres, et nous trouvons, bientôt, le baptême du second enfant, né à Yamachiche ; cet enfant, c'est Jean-Baptiste, fils de Jean-Baptiste Gélinas dit Bellemare et de Jeanne Boissonneau. Il est né le 3 mars 1705, à la Petite-Rivière.
 
"Disons, tout de suite, que ces deux premiers enfants d'Yamachiche se sont unis, plus tard, par les liens du mariage, et sont les ancêtres de M. Francis Bellemare dont parlent les correspondants. C'est une jolie coïncidence qui mérite d'être mentionnée.
 
Les registres nous fournissent donc la preuve positive que Jean-Baptiste Gélinas-Bellemare résidait à Yamachiche, le 3 mars 1705.
 
"D'après ces documents, il cède le pas à Charles Lesieur, qui y résidait déjà, au premier novembre 1704. Mais on nous dira : C'est par une tradition de famille que nous savons que Jean-Baptiste Bellemare a été le premier habitant d'Yamachiche.
 
Certes, nous professons le plus grand respect pour les traditions de famille. Examinons donc la question, à ce point de vue ; cela nous permettra, nous l'espérons, d'établir incontestablement notre thèse.
 
" Disons, tout d'abord, que la tradition dont il s'agit nous étonne, par sa nouveauté. Quand nous avons publié nos Notes sur l'histoire d'Yamachiche, plusieurs membres de la famille Bellemare nous ont encouragé, nous ont même aidé, dans notre travail ; ce qui nous montre, tout au moins, qu'elle n'est pas très répandue, même dans la famille Bellemare.
 
"Mais de plus, nous avons recueilli nous-même, et avec un grand soin, une tradition très importante.
 
"Etant allé consulter, à leur domicile, en 1871, les trois personnes les plus âgées de la paroisse d'Yamachiche, nous leur avons posé cette question : "Quel a été le premier habitant de la Petite-Rivière? "Les vénérables vieillards nous ont répondu, tous les trois, sans aucune hésitation : "Ça été un nommé Etienne Gélinas ". Et l'un des trois nous ayant donné, sur la maison d'Etienne Gélinas, tous les détails que l'on trouve, à la page 122 de l'Histoire d'Yamachiche, nous avons conclu que nous nous trouvions en face d'une tradition bien sûre et bien conservée. Ces trois témoignages unanimes de vieillards qui n'étaient, nous nous en souvenons bien, ni voisins, ni parents entre eux, méritent aussi beaucoup d'attention et de respect. Le correspondant de la Minerve l'admettra, sans doute, avec nous.
 
Or, cet Etienne Gélinas, qui conteste à Jean-Baptiste Bellemare le titre de premier habitant de la Petite-Rivière, ne peut contester, à Charles Lesieur, le titre de premier habitant de la paroisse d'Yamachiche.
 
Nous allons établir cela, à la satisfaction de nos lecteurs. Etienne Gélinas était encore aux Trois-Rivières, (ou plutôt au Cap-de-la Madeleine, qui était alors desservi régulièrement aux Trois-Rivières) au 15 octobre 1704 ; ce jour-là, en effet, il porte au baptême son fils Etienne, qui était né du 8, et que Pierre Gélinas dit Lacourse avait ondoyé.
 
" Puisque Etienne Gélinas n'était pas encore parti pour Yamachiche au15 octobre 1704, et qu'il avait en ce moment, dans sa famille, un enfant nouveau-né, il est bien évident qu'il ne s'y est pas rendu avant Charles Lesieur, que l'on trouve tout établi à la Grande-Rivière, dès le premier novembre suivant. Voici comment nous croyons pouvoir accorder les traditions de famille avec les données historiques : Les trois frères Gélinas ont dû quitter le Cap-de-la Madeleine, en même temps. Cela est tout naturel. Etienne et Jean-Baptiste sont donc allés, le même jour, se fixer sur leurs terres de la Petite-Rivière ; chacun d'eux, a ainsi, le droit de se dire, avec son père, le premier habitant de cette localité. Les frères Gélinas ont dû se rendre, sur leurs nouvelles propriétés, tard dans l'automne de 1704. Après avoir conduit péniblement leurs canots chargés, jusqu'à la Grande-Rivière, ils ont pu trouver une bienveillante hospitalité chez Charles Lesieur, qui avait déjà une maison sur ces bords.
 
"Voici comment nous retracerions les commencements d'Yamachiche. Si, cependant, les membres de la famille Bellemare peuvent publier des documents nouveaux, prouvant d'une manière précise, la résidence de leur ancêtre à Yamachiche, avant le premier novembre 1704, nous serons heureux de nous instruire, et de rectifier les données actuelles, s'il y a lieu.
 
"Maintenant, nous demandons à ceux de nos lecteurs qui ont en main notre Histoire d'Yamachiche, de vouloir bien y faire une petite correction. On lit, à la page 19 : "Le premier enfant qui naquit sur les bords de la Rivière Yamachiche fut Etienne, fils d'Etienne Gélinas et de Marguerite Benoit ". Or, cet enfant n'est pas né à Yamachiche. A ce nom il faut substituer le suivant: "Marie-Françoise Lesieur, fille de Charles et de Marie-Charlotte Rivard".
 
"Quand nous avons travaillé à l'Histoire d'Yamachiche, notre position de vicaire ne nous permettait pas d'aller faire des recherches nous-même, dans les registres des Trois-Rivières ; nous nous sommes donc servi de notes prises par une autre main. Ces notes étaient trop abrégées, et les omissions qu'on y trouve, nous ont induit en erreur, sur quelques points. En parcourant les registres, il y a quelque temps, nous avons heureusement découvert ces erreurs, et les découvertes que nous avons faites alors, nous ont permis de venir revendiquer, pour Charles Lesieur, le titre de premier habitant d'Yamachiche, qu'on était en frais de lui ravir. Nous croyons avoir suffisamment prouvé, aussi, que les premiers défrichements se sont faits à la Grande-Rivière. --L'abbé N. CARON".
 
Telle est la version de M. le curé de Maskinongé. Depuis la publication du tôme 1, notre vénérable ami a lu la préface écrite par M. Bellemare, et, dans une lettre qu'il nous adressait, le 24 août dernier, il tient toujours à ses premières affirmations. "Je viens de recevoir, nous écrit-il, les Vieilles Familles d'Yamachiche. C'est un beau volume que je considère comme extrêmement précieux. Les notes historiques de M. Bellemare demandent d'être lues à sang reposé. Mais, un premier coup d'oeil me permet de conclure que l'auteur, s'est trop avancé.
"En 1703, dit-il, Gatineau avait encore ses droits sur l'arrière-fief de la Grande-Rivière... M. Charles Lesieur n'a donc pas pu, en 1703, conduire ses premiers colons sur des terres où il n'avait pas encore le droit de s'établir lui-même, ni de faire des concessions à qui que ce fût."

 

 
"C'est dire bien clairement, continue M. Caron, que le fief Gatineau couvrait tout le terrain de la Grande-Rivière ; or, ce n'est pas du tout conforme à ce que je crois être la vérité. Le fait est que Charles Lesieur était établi, dès 1704, sur ses terres de la Grande-Rivière, et, en novembre de cette année, il faisait baptiser, dans sa maison, le premier enfant machichois. Ce n'est pas une supposition, c'est une chose établie par un document officiel qu'on ne devrait pas négliger. Le cadastre de 1709 est certainement incomplet, de même qu'il est certainement incorrect. J'admets, par exemple, que la colonisation, à la Grande-Rivière, a été gênée par l'affaire Gatineau, et qu'ainsi les défrichements se sont faits plus rapidement à la Petite-Rivière. Mais je ne vois pas qu'on puisse raisonnablement aller au delà. Ceci n'empéche pas que votre livre est très intéressant ; il est très bien imprimé, ce qui ajoute encore à sa valeur... Bien des paroisses envieront le sort de la paroisse d'Yamachiche. J'espère que l'exemple que vous donnez, par la publication de votre ouvrage, sera imité. Le travail historique, fait par M. Bellemare, est bien précieux ; il a dû lui donner bien du trouble, et mérite d'être étudié soigneusement".
 
M. R. Bellemare ayant longuement motivé les raisons sur lesquelles il s'appuie pour affirmer que les premiers défrichements d'Yamachiche ont été faits à la Petite-Rivière, il était tout naturel de mettre la version de M. l'abbé Nap. Caron sous les yeux du lecteur. C'est fait.
 
 
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